Un Marly-Gomont et puis s'en vont? Impossible, Kamini n’a pas le profil d’un star académicien. Avant même son premier single, le jeune homme avait déjà plusieurs chansons à son barillet, du gros calibre prêt à dégainer à la première bonne occasion. Martin, son alter ego blanc, son « découvreur » lillois qui le suit dans ses aventures depuis le tout début l’a conduit jusqu’à cette étape. « Il est arrivé dans mon studio l'été dernier avec déjà six chansons. Il n’avait pas de maquette, m’a chanté tout en live et j’ai compris qu’il allait cartonner ». Les internautes ont fait le reste. Porté par un énorme succès populaire, Kamini et Martin descendent à Paris à la recherche d’une maison de disque. Et ils n’ont que l’embarras du choix. « Martin m’a demandé de lui faire totalement confiance. Lors des entretiens avec les patrons, je ne disais rien, je n’y comprenais pas plus ». Fin octobre, ils signent un contrat en or massif chez Sony (dans lequel l’artiste est à la fois éditeur, producteur et interprète) et Kamini accouche d’un album le 28 mai. Le « Psychostar Show » : un rap picard pas piqué des vers ou l’histoire d’un succès annoncé.
« Il en est où Soprano ? On fait mieux que lui ? ». En ce lundi midi, Kamini est très agité. Son album vient d’être lancé et demain, il connaitra les chiffres de la première semaine de ventes. « Depuis Marly-Gomont, je n’ai pas le temps de me faire à manger. Je bouffe n’importe quoi et mon taux de cholestérol a explosé ! » Alors il s’enfile des compotes de pommes achetées chez l’épicier du coin, à deux pas du studio d’enregistrement sobre et sombre comme un abri anti-atomique. C’est ici qu’il a enregistré Marly-Gomont puis l’album entier et dernièrement des sonneries de portables « Au départ nous étions contre puis on a dit ok à condition de les faire nous-mêmes ». Abandonné derrière un ampli, un bout de papier griffonné témoigne de paroles d’une chanson écrite sur place. Plus loin un croquis : celui de la pochette de l’album. « C’est au studio que Kam’ trouve l’inspiration. C’est un vrai lieu de création. Il a les clés et débarque à n’importe quelle heure, même la nuit» conclue Martin, arrangeur studio mais aussi animateur au long cours sur RCV, une radio associative lilloise qui lui proposait une embauche juste avant l’épopée « Marly-Gomont ».
Kamini fait son show
Une aisance sur les plateaux télé, un naturel avec les journalistes que Kamini parvient toujours à avoir à la bonne. « Fogiel l’aime beaucoup » confirme Martin. « Et plus Kamini rencontre les gens, plus ils le défendent car ils voient bien qu’il est sincère ». Sincère et hyper-actif le rappeur ! Son portable sonne toutes les deux minutes et inlassablement il répond ; souvent à des inconnus.
« On va pas commencer à se plaindre car on vit notre rêve. Même si on est sur les rotules, on n’a pas le droit de prendre des vacances » explique Martin devant un Kamini réservé mais pas timide. Heureusement, le « pire » est derrière eux. Le mois d’avril s’est révélé éprouvant pour le chanteur : enregistrement intensif le matin, aller-retour vers la capitale l’après-midi pour les interviews et la tournée des discothèques la nuit tombée pour chanter ses deux premiers singles « Marly-Gomont » et « J’suis blanc ». Maintenant que l’album est dans les bacs, Kamini a fait le tri. Toujours pas de pubs et finis les clubs. « Mais j’ai toujours l’impression d’être poursuivi par une avalanche qui n’en finit jamais de grossir ». Une avalanche musicale au milieu d’une tornade médiatique « Il faut dire qu’on a pas eu le temps de convaincre les gens. Internet m’a propulsé et en décembre j’ai fait la une du Time magazine ». Résultat : les gens s’impatient, réclament un disque, des clips, des concerts et que ça saute !
« Les contrats, les médias, le milieu : il a donc fallu tout connaitre très vite ». Et accepter la popularité. D’où ce paradoxe du rappeur rural : vivre en province n’est vraiment pas une sinécure. « Avant, je passais tous mes samedi soir au Network (une boîte lilloise). Depuis janvier, je n’y met plus les pieds car à chaque fois c’est la folie ». Kamini n’a pas le temps de se faire de nouveaux copains et s’en remet donc aux anciens, devenus d’indéfectibles soutiens. Riton et Vincent qui dansent maladroitement dans le clip de Marly-Gomont sont de ceux-là. Ils vivent à Calais, une heure et demie de route de Lille, et l’invitent régulièrement pour une partie de cartes. Kamini vérifie le planning établi par l’attachée de presse parisienne et, rassuré, annonce qu’il les rejoindra avec la voiture de sa copine. « J’ai toujours pas de caisse ni d’internet à la maison».
Du rap commercial ?
Si Kamini est populaire, il lui manque peut-être la reconnaissance de ses pairs. Mais il s’en moque. « Jouer les durs est un fantasme. Il y a beaucoup de rappeurs gentils qui se sentent obligés d’être violents et durs pour être crédibles dans le rap, c’est du gâchis». Les « vrais » rappeurs seraient-ils alors plus formatés que l’on ne croit ? Un discours qu’il tient dans « Un ptit coup de motherfuck », track 02 de son album.
En revanche, ses passages répétés chez Cauet, Ruquier, Denisot agaçent les puristes auto-proclamés qui comprennent mal le mélange des genres. Manquerait plus que l’Arène de France (bientôt en berne) de Stéphane Bern ! Mais « Doggy Fizzle Televizzle », « Pimp my ride », ça ne vous dit rien ? Ce sont des shows cathodiques pas très catholiques sur MTV qu’animent, sans se fourvoyer, des rappeurs old school américains. Conclusion : on peut assumer sa musique, ses origines et la popularité sans vendre son âme au diable. « Et quoi qu’on fasse, il y aura toujours sur terre des gens qui ne sont là que pour vous emmerder. Il n’acceptent pas la réussite des autres ».
Martin enfonce le clou : «En surfant sur les forums de discussion, je réalise qu’on avait besoin de Kamini dans le rap français autant que Bayrou pendant la présidentielle ». Kamini tempère : « Oula, c’est pas moi qui parle ». Mal à l’aise avec la politique, Kamini n’oublie pourtant pas ceux qui ont « voté » pour lui. « Remercie bien les internautes de ma part sur Radiolibre! On n’ a pas le temps de remercier nos 15 000 potes MySpace mais on lit toujours leurs messages ». Sur ces sages paroles, le rappeur termine sa compote, enfile son bonnet bleu et quitte le navire. Le gsm retentit de plus belle : « ah ça faisait longtemps. Je me disais aussi… »
PSYCHOSTAR WORLD: un album passé au crible
En écoutant l’album de Kamini une puis deux, trois fois, ça m’a rappelé les dealers de rimes de Nappy Roots et leur album « Watermelon, Chicken and gritz » (2002). Ces rappeurs noirs déjantés du Kentucky revendiquent leurs pieds dans la boue avec une grosse dose de folie et d’ironie. Comme s’il fallait qu’ils pètent un plomb pour se faire remarquer en ville et inonder les ondes. A l’image de Kamini, avec des racines rurales et des ailes pour aller titiller les oreilles des rappeurs de Vitry ou du Panier à Marseille. « La musique n’a pas de frontière » aime-t-il répéter. Les rappeurs de la campagne américaine avaient fait trembler Dr Dre, Black Eyed Peas, Timbaland et autres pointures de l’époque. Je vous invite à (re)découvrir Kentucky Mud et Country Boyz ou Trouble In / Trouble Out
Maintenant que les présentations sont faites, je vous livre les pépites du premier album de Kamini. Une sélection subjective mais expliquée.
1] "Un petit coup de MotherFuck "
L’idée initiale c’est de pointer du doigt la contrefaçon musicale. Tous ces rappeurs qui comme Kamaro usent et abusent des clichés gangsta rap à grands coups de « yo nigga » et de « motherfucker ». En gendre idéal, Kamini répond «mais c’est leur business, je comprend ». C’est donc bien moins virulent que le « Jt’emmerde » de MC Jean Gabin dont on entend d’ailleurs plus parler. J’adore le son, un brin oriental et terriblement lent, entraînant, lascif et sexy. J’imagine déjà cette belle gazelle se déhancher frénétiquement dans son boum boum short. Shake your booty babe ! Le fort de Kamini c’est qu’on imagine un clip a chaque chanson.
2] "Faisons quequette"
Quequette, du latin quequetum, c’est un mot de ch’nord comme biroute ou biloute. Lady Marmelade avait son « voulez vous coucher avec moi ce soir ? ». Kamini a son « faisons quequette ». Il aime les femmes, pas les chichis et va droit au but, si vous me permettez l’expression. « Faisons quequette, ‘coz you like it ! ». Du coup, je me dis que ça ferait bien le tube de l’été. On y parle de drague, de flirt sur un ton hilarant. On se croirait sur un clip de Snoop Doggy Dog et je serai ravi de voir ce que donne sur scène. « C’est vrai ? Alors c’est cool que tu me dises ça. Je voulais faire un son « West Coast » a répondu Kamini.
3] "Chevalier"
Cette chanson a beaucoup de valeur aux yeux de Kamini. « Sur ma page myspage, un prof de médecine m’a dit qu’il comptait se servir de cette chanson pour débuter son cours sur la schyzophrenie ». Kamini a travaillé comme infirmier en hôpital psychiatrique, un lieu de travail pénible mais qui n’a pas empêché l’artiste d’en en extraire ici quelquechose de léger,de frais, de tendre et bigrement rythmé. On a évité la chanson névrotique alors je dis Big up!
4] "Frustration"
J’aime un peu moins le flow. Peut-être parce-que cette chanson plutôt triste tombe comme une mouche dans un bol de chocapic, après le titre hilarant «Chevalier».
5] "Petits patelins"
Voici le playdoyer du monde rural.Kamini y parle des problèmes des gens qui se plaignent rarement. Dans les petits patelins, on assiste aux fermetures d’ecoles primaires et des bureaux de postes, ces fermiers qui se battent a bout de force, ces maternités menacées, ces ministres qu'on ne voit jamais. Kamini dresse un état des lieux exhaustif de la province, cet immense territoire qui entoure Paris où étonnememt, il s'y passe des choses. Entrepeneurs, médecins, ouvriers, commerçants et même rappeurs: les petits patelins renferment bien des talents! A se demander si vivre à Lille n'est pas un geste politique.
(j'ai réalisé cet article pour www.radiolibre.be)
1 commentaire:
machi enfin g la bio de kkkkkkaaammmmiiiiiiiinnnnniiiii
complete
c est un mec simple ki ne renie pas ces origines modestes
je suis raide dinge de ce bon-homme
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