Pas de syndicat, pas de grève, aucune indemnité après la perte d'un emploi, une couverture maladie à 2 vitesses, un salaire minimum à 100 euros par mois, un seul jour de repos hebdomadaire et de beaux terrains constructibles qui se libèrent comme par enchantement au détriment de milliers d'expropriés, c’est ça aussi le miracle chinois. Qui voudrait investir en Chine si les conditions de travail et les salaires étaient comparables à l’Occident? Même les Malaysiens, Coréens viennent faire des affaires en Chine ("Swiss gourmet bakery", "Tous les jours", "Carême" : autant de chaînes de pâtisseries aux noms bien français mais 100% asiatiques).Cela peut sembler paradoxal mais le régime communiste offre ici un terrain particulièrement fertile pour un business expérimental sauvage. Il n'y a qu'à voir cet hypermarché étranger très présent à Shanghai (neuf grandes surfaces) dont une grande partie du personnel en magasin est fourni par les fabricants des produits mis en vente. Je m’explique : la marque « Homo » embauche une jeune demoiselle pour approvisionner son rayon de lessive avant de poser devant les barils en souriant, de 9h à 22h... Un système déjà existant en France mais généralisé ici. Pas de cantine, pas de salle de repos et aucune perspective d'ascension sociale pour ces forçats des têtes de gondoles au service d'une classe moyenne émergente avide de consommer chez "l'Opulence de la famille joyeuse".
Mais bon.... quand les autorités chinoises estiment que les entreprises étrangères se débrouillent un peu trop bien, on fait dire à la presse nationale (jour 1) que KFC, Pizza Hut ou Mac Donalds sous-payent certains de leurs salariés (4 rmb de l'heure), qui n'auraient d'ailleurs pas de contrat valable. Le deuxième jour, cette même presse annonce glorieusement que l'Etat prévoit série de mesures pour punir ces entreprises américaines malfaisantes (jour 2). Je ne remet pas en cause les allégations portées à l'encontre de ces restaurants franchisés mais on peut y voir un anti-américanisme certain. Ne pas oublier que la presse chinoise est un organe officiel du gouvernement (je ne parle pas de Smart-Shanghai et autres publications consacrées au divertissement). Je doute que les conditions de travail et de salaire des entreprises chinoises soient exemplaires mais ça, on en parle moins dans la presse localeEnfler la bulle
Dans ce contexte, beaucoup de Chinois n'ont plus de scrupule et prennent l'argent où il se trouve. D’où cet engouement populaire pour la Bourse. Monsieur et madame « Tout-Le-Monde » font même enfler la bulle à faire rougir les petits actionnaires d'Eurotunnel. Dans de grandes salles enfumées, les yeux rivés sur de larges panneaux lumineux, retraités en pyjama et « traders » du dimanche boursicotent à tout-va. Ils sont déjà trente millions à fréquenter les officines de Bourse en Chine. Rien qu'en avril, 4,79 millions de chinois ont ouvert des comptes en bourse. Il faut dire que depuis juin 2005, l'indice boursier de Shanghai et de Shenzhen a été multiplié par 3,7!
Normal alors que les livres aux titres accrocheurs "Comment bien placer son argent", "Comment devenir riche grâce à la Bourse" se vendent mieux que les ouvrages à la gloire du passé glorieux du régime. Normal aussi qu’autant de retraités aient délaissé leurs traditionnelles parties de dominos dans les parcs au profit d’une séance de d’épluchage des livres d’économie, assis sur un extincteur ou un carton. Attendons tout de même le nouvel Harry Potter dans quelques mois pour découvrir quel bouquin sera dilapidé en premier dans les librairies de Shanghai.

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